La mère Lachaise m'a dit qu'elle avait vu notre fils de bientôt 6 ans faire une prière. J'ai failli tomber de ma douche.
"Quoi ?, c'est quoi ce délire. Qui lui a appris des trucs pareils ?", lui dis-je.
Silence.
Une chose est sûre, cela ne peut pas être moi, je ne crois en rien. Je ne crois même pas à la prétention de croire en quelque chose. J'ai basculé dans le doute à 17 ans, reniant étape par étape toutes les belles histoires qui m'avaient fait grandir. Même pas athée, plutôt neutre. L'athée sait qu'il ne croit pas. Mois je sais que j'en sais rien, que je ne me sens pas apte à opter. Je ne vois d'ailleurs pas qui pourrait le prétendre mais c'est une autre histoire. Et malheureusement, je n'ai pas la foi, que dalle, même pas le début d'un commencement de passion pour Pierre, Paul ou Jacques. Rien. Donc il n'y aucun risque que ce soit moi, même dans le sommeil, qui ait pu lui donner cette idée.
Du côté de la Mère Lachaise, je ne rentrerai pas dans le détail (car je ne lui ai pas demandé son accord pour cette note), mais je sais que ce n'est pas elle non plus. Pareil chez les grands-parents, pour des raisons diverses et variées, aussi bien pratiques que philosophiques.
La baby sitter, musulmane, est plutôt du genre à regarder a History of violence ou Spinal Tap qu'à lire en cachette la Genèse.
"Alors, tu lui as demandé d'où ça venait ?", demande-je à la Meuf.
"Oui, il a vu ça dans Pompoko !".
"Quoi ? Pompoko ?"
"Oui, dans Pompoko ils prient tous à un moment, pour pas se faire raser leur village par les humains..."
Je ne vous dis pas le ouf de soulagement. Non pas que je sois opposé à une quelconque dimension religieuse chez mon nain. Mais j'ai l'intuition que, quand on ne sait déjà pas où se trouve la Gare St-Lazarre, il me semble difficile de croire en Dieu. Encore moins de le prier de quoi que ce soit.
“OK, il mimétise. C'est cool. J'aurais préféré qu'il copie le mawashi-geri de Dragon Ball, mais bon, la prière c'est bien aussi..."
***
"Et donc, qu'est-ce que tu lui as dis ?" rajoute-je.
"Et bien nous avons parlé un peu, j'ai essayé d'être simple. Je lui ai parlé du Grand Esprit, comme dans “Frères des Ours”, avec la flammèche au-dessus de la tête de l’ours...”, dit-elle.
“P’tain, entre Pompoko et Frère des Ours, j’ai l’impression que son éducation religieuse va se faire à Marne-la-vallée !”.
Je me souviens qu’avant que nous ayons des enfants, nous nous demandions déjà comment nous ferions pour lui expliquer, sachant nos légères divergences. L’idée fût évoquée de lui présenter l’ensemble des religions avec la même objectivité, comme on présente un plateau de fromages dans un grand restaurant. Je savais alors que cette méthode ne fonctionnerait pas. On a beau être dans le doute, j’ai quand même un lourd passif catholique diplômé, et je n’y connais pas grand chose en Coran ou en Torah, sans parler du Bouddhisme et autres dérivés, en tout cas pas assez pour tenir plus de quinze minutes. Fatalement, j’aurais influencé le tir. Ceci dit c’est normal, je ne vais pas non plus renier l’histoire, ni de mon pays, ni de ma famille, sous prétexte d'objectivité. Alors que faire ? Car j’hésite en effet à guider mon enfant vers une religion à laquelle je ne crois plus, quand bien même je pense qu’elle m’a beaucoup apporté étant jeune... Vaut-il mieux lui inculquer une éducation religieuse, quitte à ce qu’il la renie un jour, comme je l’ai fait ? Ou vaut-il mieux lui inculquer une certaine forme de neutralité, quitte à ce qu’il fasse des choix religieux lui-même, à son rythme ? Dure question.
Ensuite nous avons opté pour “chacun lui raconte sa version et il fera le tri”. Confusant. Théoriquement juste mais en fait très injuste pour son âge. Qui de papa ou de maman dois-je écouter ? Comment faire mon chemin ? Il n'a que 5 ans. Arrghhhh...
La Mère Lachaise a évoqué aussi l’univers des Comtes de fée. Il faut vous dire qu’elle est assez balaise en littérature Fantaisy, SF et autres trucs à couvertures argentées et lettres d’or.
Mouais. Why not... J’avoue que j’ai un peu de retard sur le dossier et qu’en dehors du Seigneur des Anneaux, mes connaissances dans le domaine sont un peu faibles... “Tu vois le méchant Gollum et le gentil Hobbit ? Et bien la vie c’est ça mon enfant. Dans la vie, il faut se méfier des gollums...”.
C'est insuffisant, vous le sentez aussi...
Finalement nous avons repoussé le sujet et PAF, il nous revient. Aujourd’hui. En plein mois de Juillet.
Pour ma part, je pense rester sur la fibre Pixar-Disney. Je lui apprendrai le partage et la bienveillance avec la Belle et le Clochard, le déterminisme avec Rox et Rouky, la notion de responsabilité avec le Roi Lion, l’obéissance avec Némo, le mensonge avec Indestructible (le gros mari cache à sa femme qu’il est toujours un super héros), l’esprit d’équipe avec Chicken Run, la tolérance avec Azur et Aznar, etc, etc, etc. C’est beau, c’est fun, c’est imagé, c’est terriblement humain. C’est la Religion.2.0. avec Phil Collins en Bande Originale. Le tout, à la fin, c’est que mon fils soit gentil avec les gens, le plus honnête possible et bien dans ses pompes.
Au bout du compte, ce que je me dis, c'est qu'il ne restera pas grand chose de la méthode.
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