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Il y a quelques semaines, mes camarades de TOC m'avaient offert une magnifique double-page dans laquelle je m'étais bien amusé à l'exercice de la chronique ciné. Depuis ils ont fermé.

Affiche_iwo_jimaIwo Jima mon amour…

Avec ses « Lettres d’Iwo Jima », le fraîchement décoré et ultra récompensé Clint Eastwood nous propose un film de guerre avec plein de Japonais dedans, du sang, des explosions et beaucoup de sable noir.

Il n’est pas bon être soldat Japonais sur Iwo Jima en février 1945. Abandonné par un Etat major affaibli, isolé sur une île montagneuse et pétrie de lave brûlante, vous n’avez que votre sabre pour pleurer en attendant que 40 000 Marines ne viennent vous déloger comme un rat embusqué. Saigo le boulanger, interprété par le très adulé Kazunari Ninomiya, campe le héros Japonais auquel on s’attache naturellement. Il est suffisamment rare de s’attacher à un héros Japonais pour le signaler. La dernière fois que cela m’est arrivé, c’était dans « L’Empire des sens » et le héros était une geisha, nue la plupart du temps et globalement très motivée. Ici, point de légèreté, notre bon Saigo se voit trimballé par le sort, de capitaines en commandants improvisés, d’ordres en contre-ordres, et sert de témoin à cette immense absurdité. Quelle connerie la guerre ! Sous son regard de boulanger, tel Jean Lefebvre dans la 7ème compagnie, le petit Saigo se débrouille pour survivre, remplir sa mission et ne pas mourir d’une gastro tout en conservant sa liberté individuelle.

Se faire sauter le caisson

Après les « Mémoires de nos pères », qui développait le point de vue américain sur cette même histoire, on découvre avec Clint Eastwood que le Japonais est un être comme les autres, avec une famille au pays, un jeune bébé qu’il n’a pas vu naître, des souvenirs entre potes et des problèmes de digestion. Oui monsieur, le Japonais n’est pas juste un gars qui crie « Banzaï » dans un avion sur Pearl Harbor, c’est aussi un gars qui crie « Banzaï » dans une caverne ou sur la plage, se faisant sauter le caisson à la grenade, parce que se rendre est un déshonneur, c’est mal, c’est anti-culturel, ce n’est pas bien vis-à-vis des copains ou de l’Empereur... Tant pis si ça pique.

WatanabeÀ la tête des troupes Japonaises, le général Tadamichi Kuribayashi (dit « Kuku ») fait preuve d’une grande humanité, sait écouter ses hommes, refuse les compromis, boit du Johnny Walker et nettoie son colt 45 en souvenir du temps où il partageait les tables les plus huppées d’une folle Amérique. Son homme de main, le Baron Nishi (pas de chance) fait le beau gosse Japonais de service, montre la même humanité vis-à-vis de ce soldat Américain égaré et blessé qui est fait prisonnier ; Nishi lui parle en anglais, le soigne aimablement, montre la photo de lui prise à Los Angeles lors des Jeux Olympiques en 32, quand il gagna la médaille d’or d’équitation… Ils se comprennent et se disent que, bien sûr, c’est bête, en d’autres temps, d’autres lieux, ils auraient pu être amis. Mais là, non, les deux vont mourir sur cette île, ils le savent.

Ça canarde de partout, on ne s’entend plus. Nos pauvres Japonais se font piétiner mais résistent avec courage, sans renforts ni munitions, creusent des galeries, se planquent, surgissent et réalisent : ils n’iront pas loin, c’est mathématique. Face à cette réalité implacable, chacun y va de sa stratégie : on fonce dans le tas, on se rend ou on joue au seppuku. Grand moment du film, la séance de grenades ventrales collectives, aussi douce qu’un kilo de viande fraîche, aussi poétique qu’un marché de Bagdad. Hara-kiri !, le suicide des japonais déprimés en culotte courte.

Mauviette à l'occidentale

NinomiyaMalgré la simplicité des caractères et des émotions, je suis rentré dans ces Lettres comme une jeune fille en fleur découvrant « Sissi l’impératrice ». Le beau Saigo est devenu mon ami et sa petite tête de manga m’est apparue fort sympathique. On se met rapidement à détester le méchant Américain qui pulvérise le gentil Japonais. On finit par se dire que c’est beau un Japonais qui se fait seppuku, et que moi, à sa place, je me serais rendu comme une sale mauviette d’occidental individualiste. On se remet à penser que c’est con la guerre. Ce n’est pas un scoop, certes, mais ça va mieux en le redisant. Et, surtout, dans ces instants où le Général écrit à sa femme ces fameuses lettres, on se dit que cela doit être terrible cette distance avec l’amour, la famille, cet éloignement forcé, motivé par quelque chose de plus fort que soi et contre lequel on ne peut rien. Le tout bien emballé dans une musique de Kyle Eastwood, le fiston, qui vous colle un frisson incompréhensible. Voilà comment un film de guerre rigoureusement monté parvient à vous toucher le cœur sans même vous en apercevoir. En tant que sosie officiel du grand Clint et admirateur indécrottable de son œuvre, je me suis demandé s’il m’était possible de ne pas aimer. De sortir de là en balançant un « mouais » ou un « il baisse le Clint ! ». Non, il n’y a rien à faire, le mec a réussi son coup, simple, à l’américaine, avec de belles images et une histoire accessible, des balles qui ricochent dans le casque en THX et une mélodie à faire pleurer un rottweiler.  On a la sensation que les acteurs Japonais jouent bien, ce qui nous change des performances de Ryu ou d’Ayato dans Sankukaï.

Quel plaisir immense de finir un texte sur les Lettres d’Iwo Jima en citant Sankukai. Encore un coup à se faire ami avec la critique…

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