OK, j'ai digéré. Cette aventure unique dans une vie : chroniqueur mobile au milieu de ce que le monde fait de plus "bankable" dans le 7ème Art... le décalage est savoureux. J'étais là, presque seul, à traîner avec ma mini DV customisée Canal+. On me regarda d'abord avec méfiance, puis avec indifférence et enfin avec empathie. Elle est longue l'ascension de cette gigantesque pyramide. Au coeur du seul talk-show à succès sur le Festival, j'ai plongé dans un grand bain fait de pouvoir, de cocktails, de regards en coin, de jalousies, mais aussi d'exceptionnelles personnalités, aussi bonnes ou mauvaises que vous et moi. Au début avec méfiance, parce qu'au coeur des coulisses, "c'est qui ce type qui nous filme alors qu'on fume notre clope ou qu'on picole tranquillement avant de se jeter dans la foule ?" "C'est quoi ce mec qui, si ça se trouve, va se foutre de notre gueule sur un média qu'on ne connaît pas ?". J'ai dû expliquer, mille fois, qui j'étais et ce que je faisais ("des sketchs, si, si, je vous assure !"), montrer mon accréditation tournée du bon côté (celui du Grand Journal, pas celui de la presse), sourire gentiment à tous ceux qui m'ont demandé si je pouvais leur avoir un abonnement téléphonique gratuit... Bah oui, les mobiles...
J'en ai vus des regards compatissants. Mais je vais vous dire, j'ai pris un pied monstre. Parce que j'ai pris ces petites humiliations comme un apprentissage. Mon cabaret à moi, avec les soirs à tomates et les sifflements. C'est sûr que de voir passer Gad El Maleh à un mètre de soi, suivi de Jerry Seinfeld, le tout accompagné par une grappe de 20 personnes (vigiles, attachés de presse, maquilleurs, techniciens, etc), pendant que toi t'es là à grimper sur un pot de fleur pour chopper une image marrante pour TON sketch à toi... Faut pas trop réfléchir ni penser à sa vie d'avant, ni au pourquoi du comment. Juste avancer et prendre. Plein d'images, de souvenirs et d'émotions. À Cannes, on se retrouve en permanence à cogiter sur ce qui compte ou pas, l'image de soi, l'argent, le bonheur, l'hypocrisie, etc. Je n'ai pas lâché, pas fait le malin, juste courbé l'échine et fait mon taf. Levé à 6h00, couché à 2h00. Sans jamais sortir, ni déjeuner, ni dîner. Bah oui : écriture, comédie, montage, transmission, contacts pour le sketch d'après, écriture, jeu, montage... Trois fois par jour. Pendant 13 jours. Le résultat est tel que prévu : 1/3 plutôt sympa, 1/3 correct, 1/3 passable. Mais des moments forts, j'en ai eus des tonnes, et plus que ça.
Peu à peu, ils ont vu que je bossais et que je ne demandais rien à personne. Ils se sont intéressés, par petites touches, quelques questions, des sourires. Juste de quoi me faire du bien et me donner envie d'en savoir plus... Parce que oui, messieurs dames, je vous le dis, j'y ai pris goût. Pas tellement à ce monde de dingues, mais à l'obligation de produire, de délivrer, d'aller chercher au fond de soi une interprétation de ce que l'on voit. Et au partage des idées avec des pros, des habitués, des durs à cuire. Je peux vous dire que j'ai vécu aussi des énormes moments de solitude, à pleurer avec le recul, mais qui resteront à jamais gravés (le deuxième soir au Grand Journal, quand je pensais filmer, j'étais sur Stop, et quand je pensais être sur Stop, je filmais : quarante minutes de sables et de pieds... J'ai perdu 10 kilos au derushage).
Pour en finir avec Cannes, je vous présente un petit panaché de classements à la con, mais qui donnent un petit croquis de ma quinzaine.
Le TOP 3 des gens du Grand Journal les + cools et sympas avec moi :
1) La bande à Fifi, vraiment cool.
2) Omar et Fred
3) Lionel Dutemple (auteur des Guignols)
et une mention spéciale pour l'équipe d'action discrète.
Le Top 5 des personnalités Françaises les plus sympathiques en coulisses :
1) Noémie Lenoir
2) Diam's
3) Franck Dubosc
4) Akhenaton
5) Jean Dujardin
Le Top 3 des personnalités Américaines les plus sympathiques en coulisses :
1) Asia Argento
2) Pamela Anderson
3) Michael Madsen
Le truc qui m'hallucine le plus à Cannes :
La foule des gens qui attendent devant le Martinez toute la journée pour guetter de la vedette. Certains arrivent à 9h00 et ne partent qu'en fin d'après-midi. Il fait 50 degrés. Ils ne reconnaissent pas Javier Bardem mais hurlent pour Ariane Massenet.
La rencontre la plus étonnante :
Edouard Baer qui m'a mis la tête à l'envers avec talent et m'a fait un énorme smack. Il pense désormais que j'en suis... à méditer.
Les plus gros fourires :
À deux heures du matin au bar du Pierre et Vancances, avec une bière et des cacahuètes...
Pour finir, je vous file le dernier Grand Journal, pas particulièrement drôle, mais plutôt sympa et qui montre l'ambiance qui régnait le dernier jour. J'ose avouer que j'étais fier comme un paon de la gentillesse de Fred et Omar...
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