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Il y a un an, jour pour jour, je me lançais dans Bonjour America, comme ça pour voir. 12 mois, pfffiu, ça filoche.
RocketboomC’est en voyant Amanda Congdon dans Rocketboom (version 1) que j’ai franchi le cap, me disant “et pourquoi pas moi ?”. Une table, une caméra, des trucs à dire en anglais, et roule ma poule. Au pire j’arrête dans trois semaines, au mieux je m’éclate...

Il y a douze mois, pour le fun, je me fixais cet objectif fou : “I want to meet Clint Eastwood”, sorte de mantra futile qui ne m'a pas quitté depuis.
Comment moi, petit Français de rien, allais pouvoir rencontrer le cow-boy vivant le plus célèbre du monde ? Un truc de fou. Clint_eastwoodOn peut tirer de fils en fils les causes et les effets, chercher qui de l’oeuf ou de la poule, évaluer ce qui m’appartient de ce qui m’échappe, mais il se trouve qu’aujourd’hui, j’ai rencontré Cint Eastwood. À deux jours de mon départ pour Carmel, il était là, à 1m50 de moi, pas plus loin. La légende, Blondin, l’inspecteur Harry, le réalisateur de génie : le tout était réuni dans ce grand type impressionnant, assis à quelques pas, derrière cette table... Cette table qui fait la différence.

Une table, celle qui sépare la légende de son public, l’idole de ses admirateurs. Je me suis mis au deuxième rang, de peur de me jeter sur la table si j’avais été plus près. De toute façon, plus près, j’aurais pu lui mettre un doigt dans le nez. Accrédité par une chaîne amie, grâce à l’intervention d’un médiateur (merci encore), j’ai pu assister à la conférence de presse avec la tranquillité d’esprit de celui qui ne vole pas sa place. J’ai lutté pour en arriver là, vous n’imaginez même pas. L’entourage du film a fait son travail et je suis passé à deux doigts, il y a à peine 48 heures, d’être rayé des listes. Ma seule obligation était de ne pas filmer, de ne pas utiliser les images pour mon show. Je peux comprendre. La Warner n’est pas l’UMP, et ils ont leurs propres critères pour évaluer les véritables “influenceurs” :-). Je ne sais pas s’ils ont raison ou tord, on verra plus tard, à l’usage.

Iwo_jimaQuoi qu’il en soit, je suis là. Face à mon sosie. Oh ça va... Je n’écoute pas vraiment ce qu’il dit, tant il parle comme un robot, fatigué, et tant je pense à autre chose. Entouré des deux acteurs Japonais les plus emblématiques des “Lettres d’Iwo Jima”, il trône tel un roi face à la foule, répondant consciencieusement aux questions les plus diverses, des plus cruches aux plus brillantes. Un robot, habitué à 50 ans de questions et de regards inquisiteurs. Il ne regarde jamais celui qui pose une question, il a les yeux figés sur le fond de la salle, là où se trouvent les caméras, les télés, les objectifs. Il sourit de temps à autre, sait laisser la parole, ne s’attache pas à la situation. Un pro. Âgé. Fatigué. Mais là.

Iwojimacinephoto04Il défend son film sereinement, sourire aux lèvres. Je l’imagine trébuchant dans le désert, terrassé par le soif, avec Tuco en guise d’ange gardien. Je l’imagine avec son poncho, nettoyant ses revolvers, guettant le bruit des éperons dans le couloir. Je l’imagine avec son magnum... “make my day”. Flash. Il est là, vieilli, et me rappelle mon grand-père, les rides, la bouche, les dents, les cheveux blancs... Quelle claque ! Je ne sais si je suis heureux ou refroidi. Interdit. Je ne sers à rien. Je ne reporte à personne. Je voudrais lui parler de son film, admirable, et de tellement d’autres choses. J’ai plein de questions sur le film, qui est très dur, violent, magnifique. Sur le héros, Saigo, qui me rappelle un peu Blondin dans l’armée, comme un clandestin hors de l’Histoire. Mais j’ai promis de bien me tenir à ceux qui se sont mouillés pour moi. Arrrrghhhh...

Puis-je vraiment dire que j’ai rencontré Clint ? Pas vraiment. J’ai été devant lui, très près, à l’écouter, comme cent autres personnes qui n’en ont pas fait un défi personnel. Ceci dit, j’étais là. Je l’ai vu de près. J’ai pu penser à tout ça, ma vie, Bonjour America, l’avenir, comme on pense à autre chose à l’église. Une fois de plus, je me suis demandé ce que je foutais là, un mercredi après-midi... à écouter parler ma légende sans pouvoir lui parler à mon tour. C’est qu’on s’habitue à l’interactivité.

Il s’est levé, n’a pas signé les trois autographes que quelques journalistes ont tenté de lui extorquer, s’est retourné doucement et a quitté la pièce, suivi par une horde de responsables. J’ai récupéré mon casque et mes rêves et suis ressorti, sous la pluie, pour reprendre le cours de ma vie en écoutant Jimmy Smith. Dans la rue, je me disais que les gens ne savaient pas pour Clint, qu’il était là, à quelques mètres. Je me suis dit que tout cela était léger au fond, plutôt drôle, pas très grave. Comme si j’avais croisé un fantasme de jeunesse qui aurait vieilli mais que j’aimerais encore, par habitude. J’ai pris une grosse bouffée d’oxygène et me suis dit que c’était à mon tour de faire mon film. Y’a pas de raison ! Je pars après-demain faire le plein de souvenirs. Quoi qu’il arrive, c’est que du bonus, avant le retour des choses graves et des échéances de vie. Parmi les rendez-vous sympas prévus là-bas, comme une façon marrante de boucler la boucle, il y a Amanda Congdon, mon inspiratrice. Rendez-vous le 23 dans un café, on devrait y faire les cons. C’est pas Clint mais c’est réel, c’est maintenant, c’est possible.

Je suis content d'avoir fait tout ça, et je ne suis pas très loin du but. Parce que, pour être honnête, je n'ai pas dit mon dernier mot pour Clint... HA HA HA HA HA !!!!!!!!

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Tag(s) : #DIVERS
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