Dans son dernier bouquin prédictif (et tondu), Jacques Attali avance la théorie de l'hyperempire, de l'hyperconflit et de l'hyperdémocratie, sorte d'hyper machin qui nous dépasse, avec une disparition progressive des Etats. Depuis que j'ai lu ce bouquin (en partie, ne fanfaronnons pas) je gamberge, sérieusement. En effet, je me demande si je me sens Français. Pour être honnête, je ne me sens jamais mieux qu'en présence de cultures et de mentalités différentes des miennes, à la découverte des richesses des gens et du monde. Quand je communique par mail avec un Américain, un Espagnol, un Egyptien ou un Japonais, je me sens vivant, humain et en progrès. Dans le même temps, je sens que ma spécificité Française, mon exception culturelle à moi, se dissout peu à peu. Pourtant, issu d'une "vieille famille", comme on dit, je devrais normalement porter haut le blason de la tribu, l'étendard de la nation et chanter à qui veut l'entendre la beauté de mon pays, terre de nos pères, qui a vu Louis XIV, Ronsard et Proust, Napoléon, Molière et de Gaulle. Mouais, je devrais. Mais plus le temps passe, plus je doute. Le pays dans lequel je vis me rend tout chose, je me sens comme déplacé, mal à propos. Et le festival électoral qui s'annonce ne me rend pas plus optimiste.
Je n'arrive pas à distinguer, dans cette réflexion, ce qui est de l'ordre de la fatigue, du lieu commun ressenti par chacun dans son pays, d'une réelle sensation de lassitude à l'égard d'un berceau rouillé et triste, d'une envie de changer d'air liée à ma sagittaritude, ou d'une conséquence naturelle de 37 ans de vie dans un pays déclinant. Certes, une pensée de bourgeois dans un pays riche (pour combien de temps ?), je m'en excuse, mais j'ai le droit au bonheur pour les miens et je peux rêver mieux pour mon pays, malgré tout.
J'entends de plus en plus de gens, autour de moi et pas seulement, qui menacent de s'expatrier si Royal passe. On avait déjà entendu cette rengaine en 81 et ils sont peu nombreux à l'avoir vraiment fait. Mais aujourd'hui ils ont l'air sérieux, et ce ne sont pas des riches. Aujourd'hui, s'installer ailleurs est plus simple, tout le facilite et de nombreux métiers rendent le choix possible. Ne serait-ce qu'en Belgique ou au Canada, tout est fait pour nous accueillir. Pas très loin des yeux, pas très loin du coeur, avec la sensation d'avoir pris son destin en main et de ne plus jouer le jeu d'un pays cramponné à son glorieux passé, sa divine culture et son modèle social exemplaire. T'as qu'à voir.
Est-il justifié, hors ce lien plus fort que soi, de rester dans un pays qui s'englue ? Un bon Français peut-il s'en aller ? Le sentiment national a-t-il encore un sens ? Quel combat mener ? Ne serait-on pas mieux au Maroc ou en Norvège ? Pourquoi rester ?
Bon, tout ça en vrac, comme mes pensées en ce moment. Où suis-je, où vais-je, où va mon pays ? Des pensées comme les autres. Comme les vôtres.
/image%2F0906990%2F20150409%2Fob_6ba0c4_vinvin-chapeau-rouge.jpg)