Oui, j'ai fait un p'tit pont à un Champion du Monde, il
fallait que je le dise.
Ceux qui jouent un peu à la baballe savent le plaisir subtile et odieux que représente ce geste technique humiliant et jubilatoire. Vous êtes face à votre adversaire, vous le cadrez en simulant un mouvement à gauche, puis à droite, du coup pendant un dixième de seconde il a les jambes légèrement écartées, hésitant sur son pied d'appui. C'est pendant cette courte période, seulement à cet instant, que vous devez réaliser le mouvement parfait et glisser le ballon entre ses jambes. Au bon endroit, à la bonne vitesse, pour qu'il n'est pas le temps de refermer les jambes et, pour le coup, de vous humilier en retour. Autant si vous réussissez le p'tit pont vous devenez en une fraction de seconde l'héritier du roi Pelé ; autant si vous le ratez vous passez pour un gros frimeur perso qui se la pète et qui regarde trop la télé. C'est ça, la magie du petit pont, son enjeu, sa grâce !
Invité par Yahoo au Trinquet pour un rendez-vous convivial et sportif autour de la Coupe du Monde, en petit comité, en compagnie de quelques autres amoureux du foot et du web (Emery, Eric, Baptiste, Naël, Cyril, etc), j'ai donc affronté Bernard Lama. Champion du Monde 98, idole de mes années 90 au PSG, le type reste impressionnant.
Certes, je vous entends bande de méchants, "faire un petit pont à un goal, c'est moins dur qu'à un défenseur central... patati, ptata..." ! Wrong answer. A ce niveau-là, les types savent tout faire, et le boulot d'un gardien, c'est justement de ne pas prendre de ballon entre ses jambes. Alors je vous le dis, comme un gamin de 10 ans dans la cours du collège, j'ai défié Bernard, d'homme à homme. Une seule chance, pas une de plus, de lui glisser entre les pattes, comme dans mes rêves de gosse.
Je sais, c'est petit, c'est de la micro-histoire, c'est une fraction d'inutile aux yeux du monde, mais pour le fan de foot que je suis, c'est un duel de titans, un combat de champions, c'est du Hagler contre Léonard, du Lendl contre McEnroe, du Woods contre Balesteros. Oui messieurs dames, à cet instant, c'est du prime time à Baltard en face d'un gardien de légende... Et je lui ai mise, comme dans du beurre, à l'ancienne.
Bon, OK, qui connaît un peu le foot sait qu'il y a des petits ponts qui ne servent à rien. Parce que glisser une balle entre les jambes d'un gars, ça n'a du sens que si après cela vous contournez le gars en question pour aller récupérer le ballon de l'autre côté, le contrôler et marquer un but de légende à montrer dans toutes les écoles de football. Là, oui, c'est l'humiliation parfaite. Mais dans le cas présent, je l'avoue, mon petit pont n'a servi à rien, la balle ayant été récupérée immédiatement par l'adversaire. Je sais, c'est moche. Un petit pont pas récupéré c'est bâtard, c'est vicieux, c'est que de la gueule, de l'à-peu-près, du pas bien cuit. On peut pas trop fanfaronner avec ça, ou en tout cas pas ailleurs que sur son blog perso. Face à du vrai footeux l'exploit ne tient pas longtemps...
(On a perdu 2-1)

Ici la photo de fan, entre Pierre Ménès (qui était notre avant-centre)
et Lama pas fâché, au contraire, il vient à cet instant de découvrir le
logo de la Fédération Gauloise de Foot et il traite notre poulet de
dodo, ce qui est drôle quand on y pense.
Amitiés à Marion et Caroline, blogueuses de choc sur la plateforme de Pierre Ménès, Footineo.
Et encore merci Yahoo pour cette soirée, je suis toujours partant pour les sauteries de ce genre, à la cool.
Sans rancune Bernard...
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