Tout n'est pas pourri, mais rien n'est flamboyant.
J'ai beaucoup appris ces derniers jours, entouré de professionnels du foot, tous les soirs sur Europe 1.De quoi tempérer mes ardeurs. En temps normal, je suis le supporter de base. Je kiffe le foot et rêve de beau jeu. À la radio, je suis le candide qui s'y connait un peu. Suffisamment pour causer. Pas assez pour être pris au sérieux. Entre les deux il y a de la place pour le rire, avec tout de même un fond de vrai de temps en temps.
Je suis indécrotablement pour l'équipe de France et toujours persuadé qu'elle va gagner. C'est ainsi depuis petit, juillet 1982. Je donne de ma personne pour ces Bleus, continuant à les voir vainqueurs contre vents et marées, quelles que soient les circonstances. Avec #vinvindamus, je me suis créé un personnage que j'aime bien, un gars borné un peu rêveur, comme un parieur éternel, le type qui vient faire son tiercé tous les jours depuis des décennies, qui n'a jamais gagné mais qui y croit toujours malgré tout, parce que l'acte de parier est plus important encore que l'acte de gagner. Un sorte d'acte de foi.
Hier soir je me suis emporté contre les Bleus. Comme d'autres avant moi, et beaucoup après. Je l'ai vite regretté d'ailleurs. Partout sur les réseaux et dans les médias, pas mal de déchaînement hyper violent, exagéré, sans doute à la hauteur de notre sempiternelle déception. Effet boomerang.
J'ai eu du mal à trouver le sommeil. Ce matin, au calme, voici que je pense. On s'en fout, certainement, mais je pose les mots, ça m'aide.
1- Beaucoup de respect pour Laurent Blanc. Il apprend. Il tombe sur des mal élevés. Des gars qui savent très bien jouer, sans être des génies, mais qui ne savent pas qui ils sont, se trompent sur leur importance. Laurent Blanc est trop gentil. Il aurait dû en virer quelques uns, mais il a fait ce qu'il a pu avec son style. Je suis sûr qu'il va se muscler, se radicaliser un peu, ce serait pas mal. On ne laisse pas les gamins en rase campagne gérer leurs égos, on les mate et on appelle Pascal le grand frère.
2- Des types à recadrer, vite. Les Nasri, Menez, Ben Arfa et M'Vila. Ces quatre là ne sont sûrement pas des mauvais bougres. Des gamins qui ont grandi en admirant les couvertures de magazine et les top modèles aux bras de la génération 98. Sortis de leurs "banlieues" (pas le temps de développer), ils ont voulu la même chose. Mais sans avoir gagné, sans avoir démontré. Les médailles sans la course. Assez de "Va fanculo", "Ferme ta gueule" ou "Va niquer ta mère". Assez ! Vraiment. Cette incorrection est communicative, elle donne envie de se lâcher, de leur dire de la fermer et d'aller se faire... À la décharge de Nasri, qu'on pointe du doigt, je ne trouve pas normal qu'un journaliste lui dise "casse-toi !". Pourquoi le tutoyer ? Pourquoi lui parler mal ? Même si chez Nasri il y a de l'agressivité, on doit se tenir. Contexte particulier, tensions, passif entre lui et les médias, défaite et frustrations... Pour ma part, dans les mêmes circonstances, je pense que comme Nasri j'aurais pu péter un plomb. Mais je ne suis pas Nasri, je suis un supporter, père de famille, amoureux du beau jeu, de l'élégance, du plaisir. Et donc j'en ai ras le zob de ces petites histoires personnelles entre tel petit mal élevé et tel autre petit mal élevé. Les gars, on s'en fout de vos histoires persos, fermez-la et jouez.
3- L'équipe de France ne leur appartient pas, ils ne l'ont pas compris. L'équipe de France est un bien commun, un service public. J'aime bien quand les joueurs sourient en se tenant la taille. J'aime bien quand ils pleurent de joie après un but. J'adore quand ils se battent comme des diables pour l'équipe. Et là, je certifie que je me fous du score. J'aurais préféré ne pas aller en Quarts avec une équipe qui donne tout, qu'assister à cette piètre prestation. Donc, les p'tits gars, faut leur expliquer ce qu'est l'équipe de France. Pas un tremplin pour leur carrière en Club. Pas un endroit pour régler des comptes. Pas un miroir pour se tripoter la nouille. Parce qu'au fond, il faut bien qu'ils réalisent un truc, on s'en fout de leur petite personne.
4- Il y a des mecs bien, et d'autres en progrès. Lloris, Cabaye, Debuchy. Cleans. Mais Benzema et Ribéry ont aussi progressé. Sans briller, ils ont donné. Et au moins ont-ils tenu leur langue, pris du recul, montré un peu de maturité. Ribéry semble plus posé, en cure de rédemption. Doucement il revient. Et puis il y a un paquet d'autres joueurs qui ne font pas parler d'eux, qui assistent sans doute à ces excès en serrant les fesses, fermant leur bouche, et regrettant de ne rien pouvoir faire parce qu'on ne sait jamais comment contenir les mal élevés. Tous ceux-là, les "normaux", les corrects, les pros, se font voler la vedette par les forts en gueule. C'est toujours comme ça.
5- Je me fous que l'équipe de France soit huitième ou trentième au classement des nations. Je voudrais juste qu'elle prenne du plaisir, respecte les supporters et se tienne correctement pour que je puisse laisser mes enfants devant la télé sans craindre pour leur équilibre. Depuis le coup de boule, tout a changé...
6- Côté jeu ? Ouais. On aurait pu revenir au score. Cela n'aurait pas été scandaleux. Mais pas de miracle à ce niveau. On ne peut pas gagner avec une équipe qui passe trois jours à régler des problèmes psychologiques. Pas contre l'Espagne.
La vie continue. Bien entendu que la vie continue. Tout cela est un grand cirque. On va écrire et dire des choses, recadrer, couper des têtes et s'emballer, parce qu'on aime ça, ça nous rend vivants. D'ailleurs, dès ce soir, je serai pour l'Angleterre et je prédis un 1-1 avec victoire des Anglais aux tirs au buts. Si. #vinvindamus
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