[youtube http://www.youtube.com/watch?v=xdROsuWCz7w&fs=1&hl=fr_FR]
Avec du recul.
Vous dire que ce samedi 30 janvier a été fort, c'est un euphémisme.
Tant d'émotions et de pensées en vrac. Difficile de les ordonner alors je vous les livre comme elles me sont venues, depuis mon arrivée aux alentours de midi, jusqu'au soir, 21h30.
Midi
- J'entre dans l'Espace Cardin. Effervescence, une batterie de GO s'active, plein de jolies femmes en tee-shirt blanc TEDx.
- Je pose mes affaires au vestiaire et je me demande si je prends mes notes avec moi, ou mon cahier. Je ne prends rien.
- Mon ami Gildas Bonnel est sur la scène, il s'habitue à l'espace, à la lumière. Il parlera en troisième position.
- Les techniciens s'activent de partout, j'adore cette atmosphère de préparatifs. Des câbles, des décomptes, des oreillettes.
- Malgré le stress, tout le monde est cool et souriant. Un beau gosse, membre d'une paire de jumeaux, s'occupe de moi aux petits oignons et me propose un café. Merci Sébastien.
- Je sens monter l'adrénaline. Tout cela est donc réel. Des caméras, des spots, des vigiles, des gens qui arrivent. Ils vont me dévorer.
- Je croise Sarah Kaminsky. J'adore cette fille, son livre et son histoire. Elle aussi est un peu tendue, ça me rassure. Nous sommes tous à flipper finalement.
- La troupe de tambours Brésiliens répète à tue-tête. Malgré l'échéance qui se rapproche, Michel danse dans la salle, Camille aussi. François Schein, qui passe une grande partie de sa vie dans les favelas, est aux anges.
- Je regrette d'avoir arrêté de fumer car cela aurait été le moment idéal. Je ne craque pas.
- Dans la salle café, François Taddei est entouré de quelques étudiants. Je n'ose pas trop m'immiscer. Plus loin Christophe Galfard est sur son ordi. Je le laisse tranquille.
- Je ne sais plus quoi faire, tendu comme un string, je fais semblant d'être cool. On me dit de grignoter, alors je grignote.
- Sly Johnson, le chanteur bitbox, est assis sur des marches. Je m'approche et fais le mec à l'aise. On discute 5 minutes et j'admire la coolitude du gars. Il a un sourire contagieux. Je me dis que j'aimerais bien dégager de la coolitude comme ça mais ça fait déjà dix personnes qui me demandent si je ne suis "pas trop stressé" ? Avant si, maintenant c'est pire.
- Je passe d'une salle à l'autre en me donnant une contenance. Impossible de me concentrer sur une conversation, je suis déjà dans mon speech.
- C'est l'heure de s'assoir. La salle est pleine. Une vingtaine de sièges sont affublés d'un papier avec écrit "réservé". D'habitude j'ai horreur de ces papiers, je les trouve injustes.
14h00
- La lumière s'éteint, c'est parti mon kiki. J'ai finalement pris mon cahier pour prendre des notes. L'essentiel de mon speech est prêt, mais il me manque environ 20%.
- Christine Ockrent monte sur scène, je me dis que c'est une grande dame. Son discours est ficelé, sans notes ni slides. On la regarde comme on l'écoute, bercés par cette voix qui fait partie de notre histoire. J'avoue que je ne sais pas trop ce qu'elle dit, je pense au moment où je vais lui déclarer ma flamme sur scène. Je retiens juste qu'elle parle d'un pigeon voyageur, de Facebook, je me dis que ce serait gonflé de dire à Christine Ockrent que ça mouline dans sa tête. Je le note.
- Soro Solo est excellent. Je trouve ce mec dingue, sympa, touchant. J'avais entendu son discours aux répétitions et j'avais adoré cette histoire de beurre de karité.
- Gildas Bonnel monte sur scène pour parler communication et Développement Durable. Pas facile comme sujet. Et t'as beau dire "pas facile comme sujet", même quand tu le dis, ça reste un sujet pas facile. Gildas est mon ami. Il était mon associé dans Sidièse. C'est un des mecs à qui je confierais mes enfants les yeux fermés en cas de soucis. Il est tendu, sa voix tremble, mais ça passe. Il se détend, fait rire, nous interpelle sur l'avenir. Bien joué mon pote, c'est clean.
- François Schein, architecte, est devenue célèbre avec la station Concorde. Mais sa vie a basculé en découvrant les favelas de Rio, à la recherche d'une fille adoptive. J'adore son histoire, sa maladresse, les larmes qui l'envahissent à chaque fois qu'elle évoque sa rencontre avec la vraie mère de sa fille adoptive. J'avais retenu ma petite larme à la répétition, je fais de même.
- Je reçois des textos, de l'extérieur de la salle, et aussi de l'intérieur. Arrrghhhh...
- Joel de Rosnay se lance dans la prospective. Je me dis que le surf ça conserve super bien. Le mec est une tronche. Je suis toujours méfiant avec les prédictions, mais les siennes ne sont pas déconnantes. Contrôler les rats à distance ?!? A la répétition j'avais vaguement pensé que ce serait drôle de faire comme si Rosnay me télécommandait sur scène mais je n'avais pas poussé l'idée. Soudain je me dis que je vais lever le bras à un moment où on ne s'y attend pas. Comme Linguini avec Ratatouille.
- Ensuite c'est Guy-Philippe Goldstein. J'adore son sujet, les cyber-conflits. Mais je me dis que c'est super anxiogène et que si j'avais été lui je l'aurais abordé plus cool. J'aurais fait monter la sauce en souplesse, parce que là j'ai grave les boules et j'ai envie de me pendre. Mais bon, c'est peut-être son but. Je note sur ma feuille qu'il a sûrement un truc à régler, une vieille angoisse. Pas super drôle mais ça peut le faire...
- Rosnay se rassoit à côté de moi. Je me demande s'il le prendra bien si je le charie sur le web.5 devant tout le monde... et si je l'appelle Joël. On verra.
- Anaïs Rassat nous explique la lentille gravitationnelle. D'abord je me dis qu'elle est très jolie (je ne l'avais jamais croisée en répétition) et que c'est chouette une scientifique très jolie. Je me rends compte du sexisme de ma pensée mais je me dis que je suis un homme et que merde. Quoi ? Elle bosse depuis 5 ans sur un truc qui décolle en 2018. Ok, j'ai ma vanne.
- François Taddeï, éminent professeur, un gars étonnant. On sent que ça carbure, et j'adore son questionnement sur le questionnement. Ses slides sont illustrés et partent dans tous les sens, du oiseau mangeur de miel aux émeutes de banlieue. Mais comme à la répétition de la veille, j'adhère, je suis bien. J'aurais aimé plus de temps, pour comprendre peut-être davantage les répercussions concrètes de ses théories sur l'éducation. Je me dis que je chercherai plus tard.
16h10 : PAUSE
- C'est la pause. Pour certains c'est la libération, pour moi c'est le signe que ça se rapproche. Je me dis que le temps ne s'arrête jamais, il n'y a rien à faire, ça aura lieu.
- Dans la salle du goûter c'est plein, on grignote encore. Pas en état d'avaler quoi que ce soit. Je papote ici et là mais j'ai du mal à me concentrer, mes excuses à tous ceux que j'ai regardé avec l'air ailleurs. Je retourne dans la salle, au calme.
- Adolfo Kaminsky, 84 ans, est le père de Sarah ; il est là avec sa femme, au premier rang. Je saisis l'occasion pour aller le saluer et exprimer toute l'admiration que j'ai pour lui. Cette homme a sauvé des milliers de vies, il a soutenu le regard d'Aloïs Bruner à Drancy, il dégage une modestie et une simplicité qui m'inspirent. Il se lève pour me dire bonjour, poussant sur sa canne. Politesse d'un autre âge, comme mon grand-père l'avait. J'ai beau lui demander de s'assoir il reste debout... Quelques secondes troublantes avec ce super héros tout mignon.
- La salle se remplit à nouveau, on me demande au maquillage. Toujours peur de tomber sur un fond de teint qui me file des allergies. C'est arrivé une fois, je ressemblais à Coluche dans la revanche du serpent à plumes. OK, c'est bon.
- Michel Lévy-Provençal, le chef du bousin, vient me voir pour partager sa déception à la vue de certaines réactions sur Twitter. Il est vert, mais "faut pas t'en faire mon Michel". On ne peut pas louer la liberté d'Internet, l'extraordinaire potentiel des nouveaux médias, et refuser ses mauvais côtés. Mais c'est sa journée et je le comprends, on est toujours plus sensible. Je lui rappelle que c'est la règle et qu'on passe notre temps à se faire déchirer sur le net, c'est ça le jeu ! Il est d'accord, il repart avec la patate ! Moi du coup je me dis que je vais me faire déchirer !
- Je discute avec Joël de Rosnay, lui demandant s'il se souvient de mon père qu'il a rencontré dans les années 60. Oui il s'en souvient. Je lui transmets ses amitiés depuis les cieux. Il sourit. Sympa.
17h00
- Sly Johnson vient remettre du rythme et de l'énergie dans la foule avec ses bits et sa voix magnifique. Je cherche une vanne. Je me dis que je pourrais essayer de traduire le mot bitbox. Mais je n'y arrive pas sans être vulgaire. Je me dis que je vais dire ça, "que je n'y arrive pas sans être vulgaire".
- Christophe Galfard entre en scène. Grand, beau gosse, belle voix, brillant. Le type énervant. Son speech, c'est du beurre. Disciple de Stephen Hawking, rien que ça. Il explique les trous noirs avec simplicité. On comprend tout, on voyage, on rêve. C'est plein d'humour. Le théâtre est sous le charme.
- Marina Cavazzana-Calvo est spécialiste des thérapies géniques, elle sauve des enfants bulle. Le genre de job qui remue les tripes. Son petit accent italien ne gâche rien, au contraire, il oblige à se concentrer. Des slides un peu techniques mais l'importance du sujet tient en éveil. Du haut niveau. Je flippe avec mes vannes, je me demande ce que je fous là.
- Arrive Sarah Kaminsky. C'est la seule dont j'ai entendu le speech deux fois, mais je ne me lasse pas. Avoir lu le livre et salué son père me donnent l'impression de les connaître un peu mieux que les autres, d'être un privilégié. Elle déroule, c'est top, les gens aiment. Comme prévu, elle clôture son intervention en révélant que son père est dans la salle. Je rêvais d'une standing ovation, elle a lieu (ce sera la seule). Il se lève en poussant sur sa canne, accompagné jusqu'à l'escalier par sa femme. Les gens sont comme des dingues, l'émotion est folle. Ils ont tous les deux sur la scène, lui et sa fille, elle et son père. Il l'embrasse. Je pleure et me rassois. Je ne pleurais plus avant. Ces derniers temps je perds le contrôle.
- Heureux de voir Michel Benasayag monter sur scène. Je l'avais déjà entendu parler au TEDx beta qui avait eu lieu en mai 2009. Un type étonnant, qui parle sérieusement ou plaisante avec le même timbre de voix, le même regard. Il faut bien l'écouter pour capter la finesse de ses propos sur la vérité, le mensonge, la légitimité. Du haut niveau accessible et drôle, du velours. Pour lui j'ai prévu un petit poème de Pablo Neruda, juste une occasion de parler l'espagnol en public, c'est toujours rigolo.
- Vient le tour de Fabrice Grinda, l'entrepreneur. Toujours compliqué de parler de réussite d'entreprise en passant après les favelas, les galaxies, la colonisation, etc. Je me dis qu'il va se faire étriper mais il tient la barre comme il faut. On sent une certaine gentillesse de fond chez le personnage. Je suis sûr que pour certains, il peut apporter le moteur qu'ils recherchent, parce qu'il est positif, plein d'énergie et sympa. Il réussit son passage. Ouf.
- On vient me chercher, je passe dans deux tours. Pendant que le rappeur Oxmo Puccino est sur la scène, je suis tout seul dans la loge qui s'est vidée. On m'installe le micro de Jean-Luc Lahaye. Débarqueeez-moi !!! Tout seul sous la lumière blanche des loges, avec ma main qui tremble sur mon texte. J'ai rajouté plein de vannes et de notes ici et là, je me demande si je vais les sortir ou pas, si je vais en enlever. Place à une petite part de mystère que j'adore. J'entends quelques rires ici et là, le gars déroule.
- On se croise lui et moi, il ne sait pas que j'ai une vanne sur son nom, j'espère qu'il ne la prendra pas mal, il est quand même super costaud.
- Camille introduit mon intervention. Elle dit que je suis une belle âme. Je rigole intérieurement. Je ne crois pas à tout cela, je suis trop lucide chère Camille. Et l'âme pèse trop peu, personne ne sait où elle est.
- Au pupitre je suis aveuglé par la lumière. Aveuglé comme jamais, c'est-à-dire que je ne vois réellement RIEN. Je vais être dans une bulle intemporelle pendant 9 minutes. Allez, tiens bon.
- J'ai promis à mes enfants de montrer le dessin de ma fille. En fait, j'ai promis à ma fille de montrer son dessin mais j'ai vu le regard triste de mon fils qui s'en veut de n'avoir rien fait. Je ne veux pas qu'il soit triste en voyant son papa dans l'ordinateur. Alors je montre le dessin à la lumière en disant que je l'ai promis à MES enfants. Je sais que ma fille sera heureuse et elle adore son frère alors elle ne dira rien. Je réglerai plus tard les questions d'équité.
- Je me présente, Cyrille de Lasteyrie, alias Vinvin sur le net...
- Je déroule mon truc, supprimant des passages, en rajoutant. Je n'entends pas tous les rires mais les ondes sont bonnes. C'est grisant. Je ne sais quelle magie me fait arrêter de stresser une fois le premier mot prononcé, mais le bonheur ressenti est unique. Christine Ockrent n'est pas dans la salle et je le regrette car elle n'entendra pas ma déclaration d'amour. J'aurais adoré voir la tête de Joël de Rosnay quand je prétends qu'il me télécommande. Tant pis, j'espère que je bronze au moins. A part cela, tout se passe bien, les gens se poilent... Je sens un frisson de partout, un plaisir consistant qui ne s'éteint pas avec la fin de la journée.
20h00
- Cocktail, petits fours, re-descente. Tant de compliments que je ne sais recevoir, de félicitations qui me semblent incongrues. Je ne veux pas tomber non plus dans la fausse modestie, alors je souris et je dis merci. Les gens sont sympas.
- Je suis avec ma coupette de Champagne quand Adolfo Kaminsky vient me voir pour me féliciter. C'est le monde à l'envers. Où est-on ? Que se passe-t-il ? Quel est ce grand jeu insensé ? Les bonheurs sont donc partagés... Ce type a sauvé des milliers de vies. J'ai tremblé en lisant sa vie. Il me sourit.
- Je suis bien. Heureux. Visiblement j'ai touché des gens. C'était aussi le but.
Merci TEDx, Michel, Camille, Xavier, Aurélie, Sarah et les autres.
A très vite pour la suite.
Ci-dessous quelques photos prises par mon ami @rodrigo










/image%2F0906990%2F20150409%2Fob_6ba0c4_vinvin-chapeau-rouge.jpg)