En scooter, neuf fois sur dix, on se retrouve en tête de file au feu rouge. Immobilisé, inutile, attendant patiemment que la lumière soit, on observe naturellement ce qui se passe. Pour ma part, j'adore regarder les gens qui traversent, essayer de deviner qui ils sont, d'où ils viennent et où ils vont. Je me demande s'ils sont heureux, s'ils aiment ce qu'ils font, s'ils ont des idées sombres ou au contraire la joie au coeur. Carnaval d'être humains qui font le spectacle par leur seule existence, acteurs involontaires de mon emploi du temps.
Ce matin, deux jeunes femmes venaient visiblement de se croiser par hasard et terminaient dans l'urgence une conversation de circonstance. L'une d'entre elle a dit quelque chose qui a fait rire la deuxième. Tout en riant, chacune d'entre elle a quitté l'autre pour poursuivre son chemin. L'une est partie à gauche et l'autre a traversé devant moi. J'ai regardé son visage, et c'était incroyable. J'ai vu comment le rire qui avait eu lieu quelques secondes plus tôt continuait d'habiter son visage alors qu'elle s'éloignait. Je ne sais pas comment expliquer cette extraordinaire sensation cela m'a fait de constater cette persistance sur ses traits, ce rire qui doucement se transforme en sourire, d'abord franc puis estompé, comme la longue traîne d'un bonheur ponctuel, imprimée sur son visage jusqu'à l'inexorable disparition. Une fois parvenue de l'autre côté du passage piéton, toutes les traces de ce rire avaient disparu. Elle avait vécu comme un shoot, un fix, une parenthèse. J'ai adoré cela. Je sais, c'est bizarre.
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