Je ne me sens de nulle part. Ni Parisien, ni Basque, ni Normand, ni Corrézien, ni rien. Je pourrais prétendre à toutes ces AOC, pour quelques raisons justifiables. Mais non. Je suis éternellement détaché des terres et des origines. Comme si ma vie intérieure et la persistence de mes doutes avaient pris le dessus sur la fragile illusion de l'appartenance à un code postal. Je ne me sens d'aucune fierté locale et pas une seule bigoudène ne vient orner le costume de mes souvenirs. Errant de terres en terres, de voyages en voyages, je nourris ma mémoire de récits et de personnages, mais aucune tradition ne prend l'ascendant sur une autre ; comme si mon besoin de liberté excluait tout forme d'appartenance à quoi que ce soit de plus collectif qu'une personne. Alors bien sûr, de temps en temps, je revendique tel ou tel terroir au détour d'une conversation, mais je sais au fond qu'il s'agit davantage d'un exercice social que d'une profession de foi. Au fond je suis neutre comme une éponge, à l'affût de toutes les épices et de tous les accents, curieux de chaque fanion. Mais nulle part je ne me sens chez moi. Comment finit-on par se sentir chez soi ? Est-ce une décision ou un abandon ?
Le mercenaire
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