Gentiment invité par MyLittleParis, j'ai eu l'immense bonheur d'être scotché à mon siège le temps d'un voyage jouissif dans la vie de Claude Lelouch.
"D'un film à l'autre" retrace les 50 ans des Films 13, ça c'est le pitch mais oubliez-le. Car c'est surtout un voyage, façon TED, à l'intérieur de ce que nous sommes. J'ai découvert Lelouch hier soir. Jusqu'à là, pour moi, il était le réalisateur dont on vénère trois ou quatre films et ne pige pas les autres... Mais depuis hier, je suis chamboulé.
Confortablement installé dans le fauteuil cuir de la salle de projection, je me suis laissé embarquer dans le voyage personnel d'un type sympa, profondément conduit par la passion et l'amour. Putain que ça fait du bien. J'avais peur de l'autobiographie bienveillante à la Drucker ; j'ai eu un autoportrait ciselé dans le vrai, critique, explicatif. Entendre un homme comme Lelouch expliquer simplement ses échecs, sans langue de bois, c'est rassurant.
En partageant la petite histoire de ses grandes histoires, il rompt les malaises qui s'accumulent dans notre esprit à chaque fois qu'on se souvient d'un de ses moins bons films. La minute d'après, le malaise décortiqué se transforme en gloussement de bonheur quand surgit une des centaines de scènes d'antologie qu'il a ciselées. L'aventure c'est l'aventure nom de Dieu ! La plage, Aldo, Lino, Jacques Brel... Itinéraire d'un enfant gâté, expliqué par sa dépression et celle de Belmondo. Le suicide de Patrick Dewaere juste avant le début du tournage d'Edith et Marcel (il devait jouer Marcel), le décor à un million qui crâme à cause du vent, le duo Dutronc-Deneuve pas réussi, les fous rire de Luchini sous la tente, etc, etc, etc. Ce film n'est pas une masturbation nostalgique, propre et autojoyeuse façon cérémonie, c'est de la vitamine pour soi, une claque à l'endormissement. Je suis sorti de là avec l'envie de changer le monde, de composer une symphonie (il me manque juste le solfège), d'aller puiser dans mes tripes, de lui écrire un scénario (et pourquoi pas ? No limit, c'est ça le message).
Le mec nous montre un truc essentiel : aller au bout de ce que l'on est, puiser dans ses visions, et puis merde, ça passe ou ça casse et aucun regret ! Ma grosse joie maintenant, c'est que je pense n'avoir vu qu'une quinzaine de ses films, et il en a fait 43.
PS : je vous mets la bande annonce mais elle n'est pas DU TOUT représentative du film. Ici c'est un florilège d'acteurs magnifiques, certes, mais c'est l'opposé de ce qu'est ce film : un voyage intérieur universel, un éloge des hauts et des bas ! (non je ne parle pas de lingerie !).
UDPATE : Effectivement, en lisant le commentaire de Pierre, je réalise qu'il y a tout l'amour de Lelouch pour les acteurs dans cette bande-annonce. Il en parle très tôt dans le film d'ailleurs, de l'importance de la direction d'acteurs. On sent qu'il les aime et fait tout pour les mettre en valeur, évitant notament les répétitions (c'est pour ça qu'il tient lui-même la caméra) qui font perdre le jus des deux première prises, chose que j'ai souvent constatée sur un plateau. Alors ok, disons que cette bande annonce rend hommage au cinéma, aux acteurs et à ses rencontres. A vous d'aller chercher plus loin son humanité, c'est peut-être ça le teasing...
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