Je suis une vraie midinette et je n'en ai pas honte. Cannes me fait rêver. Il y a deux ans, accrédité par Canal +, j'avais eu la chance de pouvoir passer mes journées dans les studios du Grand Journal et au Martinez, dans les bureaux ardents réquisitionnés par la production pour préparer l'émission. A l'époque, j'avais été sponsorisé par Nokia et Canal+ Mobile, chargé de produire trois sketchs par jour pendant 13 jours : une folie.
Le matin je me levais vers 6h00 pour préparer et tourner mon premier sketch. Les petites vidéos du matin s'inscrivaient dans la série "Gueule de Bois", normal. Vers 9h00, les images dans la boîte, je fonçais au Martinez pour monter l'épisode et le transmettre au petit gars de Paris qui était très vite devenu mon compagnon de galère. J'avais en général terminé vers midi ce premier sketch, fonçant ensuite sur la croisette pour trouver l'inspiration du deuxième, série "Free Style". Free style c'est pratique, cela permet de faire ce qu'on veut. Je devais avoir terminé vers 14h00 pour foncer au Martinez et monter puis envoyer l'épisode avant 17h30, heure à laquelle je devais me rendre sur le plateau du Grand journal pour le troisième film intitulé... "Grand Journal". Là, pendant toute l'émission, j'avais le droit de me faufiler partout et d'aller prendre des images où je voulais, discrètement. Consigne m'avait été donnée de me faire petit-petit. Cela n'avait pas été difficile à côté des Tarantino, Seinfeld, Rourke ou Michael Moore.
De ce festival je garde plein de moments rares. La rencontre (et photo) avec Malcolm McDowell (Orange mécanique quand même !) ; les derniers jours et la gentillesse émergente de certains (Omar et Fred). Le regard triste de Sophie Marceau me demandant de ne pas la filmer. Ribéry et Cissé, les deux seules personnes que je n'ai pas eu le droit de filmer, rapport à leurs contrats, tandis que Carole Bouquet ou Asia Argento se laissaient faire. A l'époque je pouvais partager la préparation des équipes de la Bande à Fifi, ou celles d'Action discrète : des talents toujours en devenir d'ailleurs. Et puis je traînais dans les allées des Guignols, spectacle hallucinant, voir les gars tout en noir tenant leurs Sarkos ou leur Denisot à bout de bras, panoplies en caoutchouc inanimées, prêtes à un Direct de tous les dangers. Dehors la foule entassée aurait donné sa chemise pour être à ma place et approcher d'aussi près ceux et celles qu'ils admiraient. Je jubilais à chaque seconde.
Grand carnaval sans doute, et je les connais les moqueurs, mais chacun choisit le gâteau dans lequel il coupe ses parts de rêve. Pour moi, c'est le cinéma, et Cannes est une légende. Depuis j'ai fait le serment que je ne retournerai jamais à Cannes pendant le Festival si ce n'est pour un film auquel j'aurais participé, d'une manière ou d'une autre, ou en tout cas un gros dossier. Et il n'y a pas d'urgence ;-).
Pour ceux qui n'étaient pas là, voici un épisode de "Gueule de bois", un autre de "Free style" et le résumé de mon Cannes 2007.
"Gueule de bois à Cannes" ép.4
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