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J'aurai tenu quarante jours. Mais fichtre que cela fait du bien. Un vrai sevrage à la Pascal, histoire de tourner autour du Doute, le triturer, l'observer, le laisser aller et revenir comme un labrador sur la plage de la Baule. Bloguer ou ne pas bloguer, telle était la question. Je finissais, dans l'ancien temps, à ne plus savoir pourquoi je postais. J'en avais fait une obligation, je suis sûr que vous voyez ce que je veux dire.

Je préviens ceux qui voudraient essayer, quand on arrête de bloguer, on traverse plusieurs étapes.
D'abord on sent une immense sensation de libération. Comme un retour aux sources. On se croirait au bord d'une rivière enfantine à faire voguer des bateaux de branches en croquant des saucisses. Comme un grand souffle, un regard qui s'élève vers le ciel et se remet à donner aux nuages une forme ou un caractère. On se demande comment on a pu passer autant de temps tourné vers son écran quand, là, juste sous nos yeux, la nature explose de mille couleurs aux parfums sonores. "Ai-je donc été si sot ?", se dit-on, trop heureux de s'observer le nombril enfin libéré de son cordon numérique.

Puis soudain le doute revient, mais dans l'autre sens. Une fois bien observée la nature chattoyante aux mille couleurs, on ressent comme des picotis dans tout le corps parce que bon, ok, ça va cinq minutes. "Feng shui pas de bois", comme dit un jour le bonze avant de couler dans la baie de Tokyo. On se rappelle ce fameux besoin de s'exprimer que l'on clamait haut et fort à sa famille et ses amis depuis presque 5 ans. Bah oui, comprenez-moi m'ssieurs dames, je suis un "digital native" comme ils disent sur NHK. Baigné dans le réseau, j'ai le cortex en ébullition à la simple découverte d'un nouveau bon blog, d'un buzz original, d'un scandale dans les conditions générales d'utilisation, d'une vidéo montrant un grossier zombie parler de montres en or, d'un article assassin ou émouvant, d'une pétition internationale, d'un nouveau service qui tue, d'une appli qui déchire, etc, etc, etc. J'y peux rien, je suis foutu. Attention, j'aime aussi aller au Musée ou observer la mer en silence, mais uniquement si c'est bloguable.

"C'est bloguable !". Voilà le problème, cela fait plus de quatre ans que, insidieusement, tout ce que je vis, lis, vois, découvre, passe au travers du filtre bloguesque. Est-ce que cette anecdote est partageable ? A-t-elle un intérêt pour quelqu'un ? On ne vit plus les choses comme avant, on devient une sorte de micro-reporter de son univers, Prix Pulitzer de l'éphémère.

Demandez à un grand reporter en vacances en Malaisie d'oublier ses réflexes. De ne pas observer, photographier, de ne pas interroger le monde qui l'entoure et "reporter" ce qu'il a vu. Pareil pour moi. Demandez-moi de bouger, voir mes enfants grandir, traverser des épreuves, faire des gaffes savoureuses, sans pouvoir les observer ni les déformer à souhait pour les rendre partageables ? Je n'y arrive pas, c'est trop dur.

Car j'ai découvert une chose, ce n'est pas tant m'exprimer que je recherche à travers le blog (c'est ce que je croyais), c'est partager. Si c'était juste m'exprimer, j'écrirais un livre dans le silence de ma chambre. Non m'ssieurs dames, j'ai besoin du web comme d'une grosse dose de perception. On sent vibrer la vie dans son Google reader. Et je n'exagère pas. Sport, News, Tech, BD, Cinéma, Persos,... Mes flux donnent le poul du monde et je ne peux me résoudre à ne pas en être. Les commentaires, les Twitts, les status Facebook, les replys et autre links forment une sorte de fil invisible qui nous relie et nous enrichit. Au risque parfois d'une overdose de messages et d'images inutiles, mais le risque est contrôlable.

Entre l'exil et l'excès, je choisis l'excès. On y trouve chaque jours des pépites.

Bref, je suis très heureux de reprendre possession de ce corps ! Une bonne patate bibi.

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Tag(s) : #DIVERS
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